Ce vendredi matin, le sommet de la Soufrière a été dégagé de nuages pendant une ou deux heures, ce qui est plutôt rare. Voici à quoi ça ressemble :
Une chose intéressante dans ce travail en observatoire est que le contexte est vraiment pluridisciplinaire.
Pour la mission de terrain actuelle, ils avaient notamment dû concevoir une nacelle sur corde pour descendre du matériel à la verticale juste au centre du gouffre. Un assemblage ingénieux de PVC (résistant à l'acide) de récupération, effectué dans l'atelier, et une poulie maison déplaçable à distance était prête à accrocher.
Il y a bien sûr des études géochimiques du volcan. Mais la chimie est aussi plus «directe» : le matériel scientifique d'expérimentation qui devient «biodégradable» à cause de l'acidité ou de la chaleur (l'inox ne survit pas à quelques semaines sur place), ou la difficulté à trouver de l'équipement personnel résistant : le Gore-Tex® est nécessaire avec les conditions de haute montagne, mais il perd son efficacité pour toujours dès qu'il reçoit quelques jets de vapeurs acides.
C'est le plus gros du travail de l'observatoire. Donc évidemment j'en apprends pas mal. Récemment : les différents types d'ondes sismiques et leur propagation, le mécanisme éruptif du volcan, ...
Comment faire pour que dans un climat de haute montagne, extrêmement humide, une station instrumentée garde son matériel à l'abri de l'humidité, sachant que les interventions (avec ouverture) se font dans un air très humide ? Je crois que quelqu'un a eu une idée assez innovante, j'attends de voir le prototype.
10^-12 rad. Ou .00000000005°. C'est l'angle infime que peut détecter un instrument utilisé pour les mesures de déformation, un inclinomètre. En gros, 1nm à 1km, ou 1µm à 1000km, ou un déplacement de la Lune de 0,3mm.
En pratique, il n'est pas utilisé à cette précision, ça n'aurait pas de sens, mais plutôt 1mm à 1km.
C'est pourtant un instrument d'apparence simplissime inventé et fabriqué artisanalement à l'IPGP, utilisant un principe de pendule vertical.
François (le directeur de l'observatoire) m'a invité à dîner chez lui avec les 3 visiteurs scientifiques. Sur la terrasse on entendait pas mal de bruits. Je savais vaguement que les grenouilles chantaient la nuit, mais j'ai appris que tous les chants complexes que je croyais venir d'oiseaux nocturnes provenaient aussi de grenouilles. Plus tard, sa femme a cherché un moment une grenouille pour nous la montrer : elle faisait moins de 2cm de longueur, à sa taille adulte ! Il paraît qu'elles ne font que quelques millimètres à la sortie de l'œuf.
Dans la soirée nous avons aussi entendu un grillon, très bruyant. Il a été trouvé dans la maison : c'était de la taille d'une guêpe, mais aussi efficace qu'un bon réveil. Quand il y en a un sous un lit, la chasse démarre rapidement !
Sur la terrasse il y avait aussi un nid de colibri, avec l'oiseau dedans, couvant ses 2 œufs, en état de torpeur. J'avais simplement vu plusieurs fois des colibris au butinage (ils font du vol stationnaire et peuvent se déplacer très rapidement, comme les syrphes). Là, j'ai pu bien l'admirer, avec son long (~2cm) bec très fin (~2mm). Le nid et l'oiseau dedans faisaient une boule de 5cm, sur une brindille, dans un pot de fleur suspendu.