Si un jour vous venez aux Antilles, soit pour me voir, soit en vacances ailleurs, il vous faudra savoir préparer le Ti-Punch avec grand art. C'est vrai qu'on peut apprendre ça rapidement en arrivant, il y a même plein de formateurs bénévoles (enfin presque, ils demandent juste un échantillon de votre art). Mais je pense qu'il vaut mieux être entraîné en arrivant, ça fait moins «touriste». Soucieux de parfaire votre éducation, je vous propose donc ici le mode d'emploi :
Ingrédients :
Voyons maintenant les étapes de la fabrication proprement dite :
Pour commencer, découpez le citron lavé (normalement on amène le citron pré-découpé à table, et pas séché par 3 jours de frigo, frais SVP).
Prenez autant de morceaux de citron que vous le voulez (enfin je vous rappelle que le ti-punch est à base de rhum, pas de citron), pressez-les dans votre verre et laissez-y les zestes (d'où le lavage préalable).
Mettez autant de sucre dans votre verre que vous le voulez (enfin je vous rappelle que le ti-punch est... vous avez compris).
Touillez bien pour que le sucre se dilue en sirop dans le jus de citron. Après c'est trop tard, le sucre ne se dissout pas dans l'alcool, c'est une question de réaction chimique (c'est scientifique le ti-punch, on dirait pas !)
Ajoutez du rhum autant que vous voulez (enfin pas plus haut que le bord du verre, et il faut encore pouvoir touiller sans faire tomber une goutte à côté, ce qui serait un sacrilège)
Mélangez bien le rhum avec le sirop citronné.
Videz le verre (là vous devez déjà avoir le mode d'emploi).
Recommencez à la première étape.
Quand la bouteille est vide, vous devez arrêter, sauf si vous êtes prévoyant. Dans ce cas ouvrez la bouteille suivante, et arrêtez vous soit à la fin de la dernière bouteille, soit quand le verre refuse obstinément d'atteindre vos lèvres, soit quand on vous amène les plats (le ti-punch se boit généralement en apéro).
NDLR : ce genre de cours culturel sur la Guadeloupe est difficile à rédiger après la préparation du cours. Hips ! ;-)
Visiblement, tout ce que j'ai déménagé est arrivé en bon état, y compris la vaisselle et les portes et rayonnages en verre de mon vaissellier. Je remercie bien Xavier pour son aide au niveau de l'emballage à Toulouse, ainsi que le démontage des meubles.
J'ai remonté tout ce qui avait été démonté, les meubles, l'établi, les manches de casseroles.
J'ai laissé quelques affaires à Toulouse, notamment une grande étagère, et ici j'ai juste un placard à vêtements, aux 2/3 en penderie, pas très utile... Je me suis donc un peu équipé ici : en meubles : deux étagères simplissimes en pin, et une étagère de 80cm qui me sert de table de chevet.
Pour avoir fait un déménagement sur 7000km sans encombre, je crois pouvoir donner quelques conseils.
Choisir un transitaire, ça a plusieurs avantages :
Ça a aussi des inconvénients :
Ça m'a coûté, pour 5,64 m3 :
soit un total de 1408¤ TTC, soit 249¤ le mètre cube.
La prochaine fois que j'aurai à déménager en traversant un océan, je n'hésiterai plus : le transitaire est pour moi nettement mieux que le déménageur.
Au niveau de l'emballage, quelques conseils :
Dans un pays où le soleil fournit à peu près le même éclairement toute l'année (toujours haut dans le ciel, et une puissance de 1000W/m²) et où la température varie peu (pas besoin de chauffage), il est raisonablement possible d'utiliser cette énergie solaire. Les chauffe-eau solaires sont très efficaces et économiques ici. Mais on utilise tout de même beaucoup de chauffe-eau électriques, qui consomment la majorité de l'électricité, produite en brûlant du pétrole importé...
Quand on va dans un café ou un restaurant, si on commande un café, il est d'usage de le voir arriver accompagné d'un ou plusieurs sucres emballés. Ici, au pays de la canne à sucre, on l'accompagnait, comme en Europe, de sucre blanc, issu de la betterave, importé ! Ce n'est qu'il y a quatre ans, à l'occasion de la Route du Rhum (compétition à voile transatlantique), qu'une société guadeloupéenne a décidé de lancer sur le marché du sucre de canne (local) emballé dans de petits berlingots de 5g avec décor madras. Heureusement, ça a eu du succès (notamment médiatique) et ça a détrôné les sucres blancs importés. J'ai appris ça dans le journal ces jours-ci. C'est quand même abberrant que personne n'y ait pensé avant ! C'était juste un problème de conditionnement.
Au sommet de la Soufrière, il tombe 6000mm de précipitations par an (au passage, c'était 2 fois plus il y a trente ans, qui ne veut pas entendre parler de changement climatique ?). Pour rappel, c'est 800mm en moyenne sur l'hexagone. Autant dire que les nappes phréatiques sont bien pleines ici. Et il y a donc des sources qui produisent de l'eau potable, notamment Matouba et Capès. Mais l'eau la moins chère dans les hypermarchés est la Cristalline, importée de métropole ! Et (en dehors de la fabrication de la bouteille) cette eau a dû nécessiter autant de pétrole que d'eau pour arriver ici...
La Guadeloupe produit du café, de variété Arabica, un des meilleurs du monde selon les spécialistes. Au 19ème siècle c'était un très gros pays exportateur. Mais ici, les cafés africains ou sud-américains torréfiés en Italie par des grandes marques sont les moins chers. Et la plupart du café torréfié en Guadeloupe est importé.
Récemment, j'ai acheté du riz. Sur le paquet, c'était marqué «origine Guyane», département français d'outremer, à 2000km au sud d'ici, donc beaucoup plus près que l'Asie, grande région productrice de riz. Mais en arrivant chez moi je me suis rendu compte que ce paquet avait en fait été emballé en Espagne ! Il a donc traversé deux fois l'Atlantique et parcouru 13000km inutilement ! Là aussi on doit payer plus de pétrole que de riz...
Les antillais sont très matérialistes, surtout au niveau du consommable. Est-ce aussi une mauvaise conséquence de la période esclavagiste, pendant laquelle les esclaves n'avaient strictement aucun droit de propriété (comme il n'avaient pas leur droit à la liberté) ?
La voiture représente donc ici la réussite sociale, beaucoup plus qu'en Europe. Quand un antillais a suffisamment d'argent, il achète une belle et grosse voiture, ou plusieurs. La maison est vraiment secondaire.
La mode des véhicules à quatre roues motrices, tous-terrains s'est énormément développée. Pour quelques habitants ou agriculteurs du haut de Saint-Claude, Matouba ou Grand-Rivière de Vieux-Habitants, ça peut se justifier, par les routes de montagne en (très) mauvais état. Mais c'est une proportion infime de la population.
Généralement on voit plutôt de luxueux 4x4, en pick-up ou classiques, avec le gros pare-buffle chromé, la climatisation à 15°C, les vitres teintées, et roulant la nuit en plein phares et anti-brouillards avant. Et pas une trace de boue, ça ne ferait pas sérieux, voyons...
Ces véhicules ne sont pas ici réservés à une élite, contrairement à ce qui se passe en métropole. Ça peut être la voiture de l'ouvrier ou du technicien.
La Guadeloupe bénéficie d'un climat tropical. C'est à dire qu'au niveau de la mer, la température ne descend pas souvent en-dessous des 20°C. Le froid est donc ici un luxe. Et quand on veut faire bonne impression, on gaspille du froid, comme on surchaufferait en hiver en France métropolitaine.
On sert beaucoup de boissons glacées (à commencer par l'eau, que je supporte mal au niveau des sinus), on a de gros réfrigérateurs, et les climatisations sont poussées à fond, dans les bâtiments ou les voitures, si bien qu'à certains endroits on chercherait sa laine.
À l'agence immobilière où j'ai trouvé mon appartement, c'était une horreur : la climatisation à fond, un air très froid et très sec, de surcroît parfumé. C'était extrêmement désagréable (il faut vraiment être antillais pour apprécier), ça me gênait fortement au niveau des bronches. J'y suis resté 20mn le temps de faire les papiers. En sortant j'avais toujours cet air irrespirable impregné dans les poumons, ça a duré une demi-heure. Dans leurs voitures ou certains magasins c'est pareil.
À l'observatoire, la climatisation est utilisée raisonnablement :
Dans mon appartement, il y a un climatiseur dans la chambre depuis moins d'un an. Mais je ne compte pas l'utiliser tant que ce sera supportable. Actuellement, avec l'aération naturelle, il fait 24°C avec une hygrométrie à 74%, c'est très confortable. En été ça doit être plus gênant.
La climatisation a quelques gros inconvénients :
Mireille, une ex-collègue de Medias-France et (néanmoins ?) amie, qui a étudié la géophysique (et même fait une thèse) a lu mon récit du séisme du 22 décembre et avec son approche scientifique s'est questionnée (c'est agaçant à la longue toutes ces questions, c'est à croire qu'ils ne savent rien ces scientifiques) sur le fait que je parlais de réplique, alors que ce séisme est survenu 13 mois après le séisme principal.
Effectivement, de prime abord, on peut douter de la notion de réplique, alors que 13 mois se sont écoulés, et que la dernière réplique de cette ampleur était survenue 6 mois plus tôt.
Il faut rappeler d'abord qu'une réplique n'est pas forcément un nouveau mouvement de la même faille, mais un séisme dans la même zone, provoqué par un séisme précédent qui a déstabilisé la zone avec ses vibrations. Ce qui veut dire qu'il peut il y avoir beaucoup de répliques, par un effet boule de neige. Il pourrait même il y avoir une migration, c'est à dire une propagation de l'essaim de séismes vers une zone adjacente (une telle migration a été recherchée mais pas constatée dans le cas de la Crise des Saintes).
Le séisme ressenti le 22 décembre 2005 n'est donc pas directement lié à celui du 21 novembre 2004 (il se serait probablement produit plus tôt dans ce cas), mais indirectement, résultant des quelques 30000 séismes déclenchés en cascade suite au choc principal.
C'est un peu comme si vous lanciez un caillou dans un pierrier. Ça peut déclencher une avalanche de pierres, avec plus ou moins de décalage temporel, avec éventuellement des pauses. Le dernier caillou qui tombera n'aura certainement pas été touché par le premier, mais sa chute y est indirectement liée, il n'aurait probablement pas bougé sans votre lancer. C'est très similaire aux séismes, mais il y a une différénce d'échelle (mètres/kilomètres) et d'origine de l'énergie libérée (potentielle/pression tectonique)
Comment détermine-t-on que c'est une réplique ? Dans la zone il n'y avait pas eu de séisme notable depuis le fonctionnement de l'observatoire, jusqu'au 21 novembre 2004. Depuis, il y en a eu 30000. Forcément, quand ça bouge sur place, c'est lié. Pendant très longtemps de l'énergie tectonique s'était accumulée sous forme de pression dans les roches, maintenant, ça se libère. Dix jours avant ce séisme, le nombre de répliques avait chuté à une par jour, au lieu de 2-3. Et pendant les 36 heures qui ont précédé, on en a eu une dizaine. Ce phénomène n'est pas bien connu, mais c'est un peu comme si un caillou dévalait une pente par hasard, emportait un autre caillou, puis un autre, et soudain, un rocher s'effondrait. On parle généralement de précurseurs quand des petits séismes précèdent un très gros. Mais on pourrait aussi considérer que le gros est une grosse réplique du premier, c'est ce qui s'est passé le 21 novembre 2004, le séisme de magnitude 6,4 ayant été précédé d'un petit de magnitude 3 environ une ou deux minutes avant.
Une semaine avant, lors de la réunion d'équipe, on nous présentait les graphes statistiques des répliques. On nous faisait remarquer que par rapport aux droites ou courbes probabilistes de la théorie, on avait un déficit de séismes (diminution un peu trop rapide du nombre de répliques par jour (déficit de libération d'énergie), et manque d'un séisme de magnitude 4). C'étaient des statistiques et probabilités, on ne pouvait rien en conclure, simplement que la probabilité d'un séisme de magnitude 4 était plus élevée qu'en temps normal. Des chercheurs russes publient des probabilités de cette sorte, mais avec une marge d'erreur énorme. Toujours est-il que ce séisme a redressé les statistiques.
Peut-on quantifier le risque sismique ? Qu'est-ce que le parasismique ?
D'abord, il est important de comprendre que le risque sismique vient du fait qu'on développe des activités humaines dans des zones à forte sismicité comme on les développerait dans des zones à faible sismicité. De la même façon que s'il y a des risques volcaniques, c'est bien parce qu'on habite sur les volcans.
Au fait, un point important, au risque de choquer : un séisme ne tue pas. Enfin pas directement, ou alors très rarement.
Contrairement à ce qu'on voit dans certains films, ce n'est pas le séisme en lui-même qui tue, le sol ne va pas s'ouvrir sous vos pieds, pour vous engloutir et se refermer après. En surface, il y a parfois des failles qui s'ouvrent, mais elles restent ouvertes. Et les failles sont beaucoup plus souvent en profondeur. Il peut aussi il y avoir des éboulements, glissements de terrains ou fractures en surface, mais c'est assez rare que ça fasse des morts.
Ce qui est dangereux (et qui tue le plus de monde) lors d'un séisme est plutôt ce qui a été construit et qui peut s'écrouler. Il y a aussi les objets qui peuvent bouger ou tout simplement les mauvaises réactions humaines face au danger.
Par exemple, si vous êtes dans une pâture, vous ne risquez rien. Au pire, en cas de très grosse secousse, ça peut vous faire tomber.
Si vous êtes dans une tour non parasismique avec une dizaine de dalles de béton au-dessus de votre tête, là vous risquez vraiment de vous faire tuer.
Si vous collectionnez les sabres et que vous en avez disposé partout dans votre logement, simplement posés, le risque est aussi très élevé.
C'est valable aussi avec toutes sortes d'objets contendants placés en hauteur, comme les étagères qui peuvent basculer, ou les produits en hauteur sur les étalages de supermarchés classiques (les magasins typiques antillais ont toujours des barres horizontales devant les rayonnages).
On m'a aussi cité le cas d'une télévision posée sur un meuble à roulettes au premier étage. Avec les secousses, le meuble s'est mis à rouler, a cogné contre un mur en-dessous d'une fenêtre, la télé a été éjectée, et a implosé au rez-de-chaussée.
Si vous êtes au troisième étage d'une construction suffisamment parasismique et que vous sautez par la fenêtre pris de panique, c'est aussi raté.
Voilà, je crois que j'ai à peu près résumé les risques.
Donc, l'approche parasismique globale, ce serait :
Ensuite, le risque dépend de l'intensité locale, qui va dépendre de la magnitude, de la distance et du terrain. Si un séisme de magnitude 1 se produit à 10km, aucun risque, vous ne le remarquerez même pas. Si un séisme de magnitude 9 se produit sous vos pieds, mieux vaut être allongé dans une pâture (debout vous pourriez vous casser quelque chose en tombant). Dans un bâtiment, les chances de survie sont faibles. Le rapport d'énergie entre la magnitude 1 et la magnitude 9 est de 656 milliards (30^8)!