Dominique Gibert est arrivé ce lundi pour continuer ses sondages du sous-sol de la Soufrière par tomographie électrique, et en parallèle, étudier le gouffre Tarissan, zone très active de la Soufrière
Premier jour sur la Soufrière avec Dominique : pose de cordes dans les ravines jumelles et descente en rappel sur 200m de dénivelée. Grandiose !
Deuxième jour, prélèvement d'un échantillon de «Tarissan», de l'acide chlorhydrique concentré en ébullition, rempli de cendres en suspension, au fond du gouffre Tarissan, dont la surface est 80m sous la poulie. De retour au labo, il est mesuré à un pH proche de 0, très légèrement négatif.
Après le prélèvement, nous descendons une sonde de température PT100 au bout de 110m de câble téflonné (résistant aux acides). Malheureusement une panne de batterie nous empêche de lancer les mesures automatiques, nous avons juste deux mesures manuelles, autour de 90°C et 100°C. Le lendemain matin, en revenant avec une batterie, la gaine inox de la sonde a déjà fondu dans l'acide...
Après avoir sorti la sonde fondue, nous en descendons une autre, mais cette fois dans le panache de vapeur, pas dans le liquide, pour mesurer les variations d'activité, par mesure de la température toutes les 4 secondes.
Après avoir mangé, je sors l'ordinateur de terrain, pour récupérer sous la pluie les quelques données acquises en 1h30 sur l'enregistreur (qui a désormais une bonne batterie), ça parait très prometteur, avec plein de fluctuations entre la température ambiante et 60°C.
De retour à l'observatoire, on traite un peu ça grâce à François dans Matlab pour faire apparaître quelques informations : le résultat est très satisfaisant, la pertinence de l'expérience est validée, et voici de quoi mener des recherches intéressantes, dès qu'on aura quelques jours d'acquisition en continu.
Une des premières informations recherchées sera de savoir si les variations observées sont simplement liées à la turbulence de la vapeur dans cette gigantesque cheminée au-dessus d'une cocotte-minute tout aussi gigantesque, ou si on voit apparaître des bouffées de chaleur du volcan en lui-même, et une signature de cycle de fonctionnement.
Ce que j'apprécie beaucoup chez Dominique, ou un peu aussi chez François, c'est qu'il est à l'écoute de toutes les idées, quelque soit le statut de celui qui les propose, chercheur ou technicien, contrairement à d'autres chercheurs prétentieux qui considèrent avoir la science infuse, et ne se laissent pas contredire ou conseiller par d'autres.
Par exemple, c'est moi qui lui ai trouvé le moyen d'utiliser scientifiquement cette sonde non calibrée qui traînait à la cave de l'observatoire. Ensuite, j'ai proposé quelques traitements particuliers sur les données pour les afficher plus clairement et voir apparaître quelque chose, ça a été très probant.
Cette nouvelle sonde descendue dans le panache n'a pas non plus résisté, elle n'a duré que 24h, mais les résultats devraient être tout de même exploitables.
Quand on voit la différence de conditions auxquelles étaient soumises ces deux sondes, on peut supposer que la première n'a pas survécu plus de quelques heures.
Il a un peu plu ce samedi sur la Soufrière, rendant les conditions de travail plus difficiles :
Note : il n'y a pas de rivière sur la Soufrière, le «torrent» est simplement l'eau de pluie tombée à quelques dizaines de mètres autour. En haut du torrent, Dominique donne l'échelle.
Sous cette pluie diluvienne, Dominique et François ont descendu une autre sonde. Elle a duré 6 jours, un record !