Spéléologie dans la «Caverne Spallanzani» - Une activité de rêve qui aurait pu tourner au cauchemard - Descente avec ARI (appareil respiratoire individuel) - Dangers du CO2 - Suite de la journée - (mercredi 18 octobre 2006)

  1. Spéléologie dans la «Caverne Spallanzani»

      Au programme de ce 18 octobre, à l'observatoire, «exploration de la caverne Spallanzani». Rien que le titre de la sortie de terrain, ça annonçait de belles réjouissances. Dominique Gibert en parlait depuis longtemps. Après quelques explications, on en rêve... Pour vous expliquer un peu :

    1. Ça se passe sur la Soufrière. Bof, jusque là, rien d'exceptionnel ;
    2. Sous la Fente du Nord. Ah, ça m'intéresse...

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    3. C'est une caverne explorée depuis le XVIIIème siècle. Intéressant !
    4. Obstruée, introuvable depuis. Ah... Comment fait-on alors ?
    5. Des spéléologues-géologues y sont descendus en 1984. Ils ont exploré une des salles, nommée «Salle Jules Verne». On a retrouvé leur rapport Fichier compressé [1,5 Mio]... Cool !
    6. Depuis, il y a eu le séisme des Saintes qui a pu modifier la forme. Allons voir !

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      Nous sommes donc partis à quatre :

    7. François, directeur de l'observatoire ;
    8. Dominique Gibert, chercheur de Rennes en mission régulière sur la Soufrière, qui le passionne ;
    9. Hervé Magnin du Parc National de Guadeloupe ;
    10. votre dévoué narrateur.

      Nous avons préparé du matériel à monter sur les baudets humains :

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    11. quelques cordes et sangles (une corde de 100m étant déjà sur place) ;
    12. baudriers, mousquetons, descendeurs, poignées de remontée, poulies (pour hisser quelqu'un si nécessaire) ;
    13. des pitons d'amarrage (le perforateur étant déjà sur place) ;
    14. des lampes frontales, mon phare halogène 5W (!) de vélo ;
    15. un appareil photo (réflex numérique à François) avec son bon flash, un bon trépied (le mien, en frêne) ;
    16. 2 batteries de 15kg. D'aucune utilité, mais ça ne se fait pas de monter à vide... Non, elles devaient servir au sommet) ;
    17. de quoi faire des prélèvements d'acide et de pluie au sommet ;

      Le but du jeu était de :

    18. monter jusqu'à la Fente du Nord par le Chemin des dames avec les claies bien chargées (une batterie de 15kg et un trépied de 5kg pour ma part);
    19. allumer le détecteur de CO2 ;
    20. percer des trous au perforateur dans la roche ;

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    21. sceller des pitons à la résine époxy ;
    22. placer les cordes, dont un mouflage avec poulies s'il fallait remonter quelqu'un inanimé ;
    23. enfiler les baudriers (3 pour 4 personnes, car quelqu'un devait rester à la surface) ;
    24. descendre 3 mètres dans un puits très étroit (5 cm devant mon ventre mince) ;
    25. descendre 11m en plein vide, sur corde ;
    26. arrivé au fond, prendre des photos, explorer si possible, faire des prélèvements éventuels, relever les formes et dimensions ;
    27. remonter sur corde (l'entraînement a été fait sur 7m à l'observatoire) ;
    28. tout démonter ;
    29. monter au sommet, pour travailler au gouffre Tarissan ;
  2. Une activité de rêve qui aurait pu tourner au cauchemard

      Dans la fente du Nord, nous savons qu'il peut il y avoir un peu de CO2 (Voir plus bas pour les effets). Aussi prenons-nous toujours la précaution d'emmener notre détecteur pour y faire les mesures d'extensométrie. Une fois, le détecteur avait sonné (1,5% de CO2 dans l'air), mes collègues partant en courant.

      Quand Dominique a amorcé sa descente dans le puits naturel, il avait le détecteur sur lui. En bas du puits, il indiquait 0.2%.

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      Il pensait continuer sa descente comme ça, avec le détecteur sur lui. Mais quand il a eu les pieds dans le vide, 1 mètre plus bas, le détecteur affichait alors 0,3%. Une dose encore très faible, sans risque, mais cette variation lui est parue trop importante compte tenu de la faible distance parcourue. Il a donc décidé à ce moment de plutôt descendre le détecteur au bout d'une corde, pour sonder. Ce dernier s'est très vite mis à biper dans sa descente, mais avec des bips «à vitesse normale». Nous croyions que la fréquence des bips variait avec la concentration, nous n'avons pas pensé à des concentrations extrêmes.

      Après que le détecteur ait touché le fond, Dominique l'a remonté pour lire la valeur. Quand il l'a pris en main, les chiffres défilaient en décroissant rapidement, mais il a pu lire 8,29% !!!. Le CO2 étant plus lourd que l'air, 11m plus bas, ça dépassait certainement les 10%. Et vue la forme de la salle, quelle est la concentration au fond ? 30%, 100% de CO2 ?

      Si Dominique avait gardé le détecteur sur lui pour descendre, il se serait probablement évanoui avant d'avoir eu le temps de remonter et nous aurions dû le hisser pour le ressortir, inconscient. Pas cool !

  3. Descente avec ARI (appareil respiratoire individuel)

      Il faudrait y descendre avec des ARI, comme ceux utilisés par les pompiers. Mais si le puits peut se remplir aussi de CO2, il en faut des tout petits.

      L'exploration sera d'un autre niveau technique...

  4. Dangers du CO2

      (extrait du site http://www.cmpourriere.com/dnn/speleo/Accueil/tabid/92/ctl/Details/mid/483/ItemID/23/Default.aspx)

      Concentration en ppmPourcentageEffets sur les humains
      1000ppm0.1%Après exposition prolongée la concentration mentale se détériore.
      5000 ppm0.5%Niveau normal international d'exposition permise.
      10,000ppm1%On respire un peu plus vite que normal mais probablement on ne remarque pas le changement.
      15,000ppm1.5% (bips du détecteur)Niveau normal d'exposition de courte durée.
      20,000ppm2%On respire 50% plus vite que d'habitude. Exposition pendant quelques heures peut provoquer de la fatigue et des maux de tête.
      30,000ppm3%Effort pénible. On respire deux fois plus vite que d'habitude. Étourdissements, rythme cardiaque accéléré et tension artérielle élevée sont tous des conséquences possibles et les maux de tête sont plus fréquents. L'ouïe peut être réduite.
      40,000-50,000ppm4-5%A partir de ce niveau les effets de CO2 sont très puissants. La respiration est très rapide, environ quatre fois le rythme normal, et après seulement 30 minutes les symptômes d'empoisonnement commencent, y compris une sensation de suffocation.
      50,000-100,000ppm5-10%On commence à remarquer l'odeur âcre de CO2, un peu comme l'eau gazeuse. Un léger picotement est généralement sensible sur la langue, la muqueuse nasale et les yeux... On se fatigue vite, on respire mal, et on a des maux de tête, acouphène et vue réduite. Après quelques minutes on devient désorienté avant de perdre connaissance.
      100,000ppm-1,000,000ppm10-100%On perd connaissance de plus en plus vite. Plus on est exposé et plus la concentration augmente, plus on risque d'être suffoqué. Syncope rapide et mortelle.

  5. Suite de la journée

      Ensuite nous sommes descendus en rappel de 50m dans la partie basse de la Fente du nord, pour chercher une éventuelle autre entrée, avant de remonter sur corde (pour Dominique et moi : très fatigant contre cette paroi instable, plus difficile qu'en plein vide !) ou par un sentier plus loin (pour François et Hervé).

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      Ensuite nous sommes montés au gouffre Tarissan faire quelques prélèvements. Le Cratère sud (photos) était bien dégagé car le vent soufflait exceptionnellement du sud et pas de l'est.

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