Route du Rhum - Déjà ??? À la voile ? À cette vitesse ? - Arrivée imminente - Suite des évènements - Record battu - Manque d'organisation - (dimanche 5 novembre 2006)

  1. Route du Rhum

      Après une journée passée en compagnie de Marianne, j'ai embarqué sur le Wapayou, me ramenant des Saintes en Guadeloupe, naviguant tranquillement à 15 n½uds (avec ses «faibles» moteurs de 2* 430 CV, soit 860 chevaux, un sacré troupeau).

      À peine descendu du bateau, dans ma voiture, j'ai allumé la radio, sur la fréquence de Radio Guadeloupe (RFO), dont le programme est ce soir entièrement consacré à la «Route du rhum».

      Je n'ai pas tellement suivi la course jusqu'à présent, mais je me doutais qu'on allait beaucoup en entendre parler à l'approche de la Guadeloupe.

      La radio annonçait une arrivée imminente de la course, cette nuit pour le premier, Lionel Lemonchois, sur Gitana 11, demain pour d'autres, mercredi pour le 8ème, sponsorisé par la région Guadeloupe.

  2. Déjà ??? À la voile ? À cette vitesse ?

      Il y a 4 ans, lors de la dernière édition de la course, le record de vitesse a été battu, avec une traversée de l'Atlantique en 12 jours, de Saint-Malo à Pointe-à-Pitre.

      Là, ça ne fait que 8 jours !

      Inutile de calculer la différence, 8 jours contre 12, ce n'est plus un record battu, c'est une victoire magistrale pulvérisant les palmarès précédents.

      Pour info, cette vitesse égale celle des meilleurs cargos, avalant des milliers de tonnes de pétrole dans leurs moteurs monstrueux. Lorsqu'un de ces cargos a une fuite de «réservoir d'essence», ça fait déjà une belle (petite) marée noire.

      Mais la grosse différence, c'est que sur ces machines qui vont débarquer, il n'y a pas de moteur. Ils jouent juste du vent. Vous savez, cette chose légère, qui est si faible qu'elle ne fait qu'agiter les cheveux longs des femmes ou les feuilles d'arbres. C'est avec ce simple vent que ces bateaux d'exception dépassent beaucoup de bateaux fortement motorisés, engloutissant des tonnes de pétrole venu de l'autre bout du monde.

      Ça fait réfléchir... La voile plus performante que le pétrole ? C'est vrai, ça ne marche bien que dans le sens des alizés, le poids est faible, les dimensions énormes, les matériaux employés toujours plus composites et performants, les marins d'exception, la météo favorable.

      Mais quand même, à une époque où l'énergie est au c½ur de sérieux défis pour le futur, il n'y a rien de mieux pour démontrer la pertinence de l'utilisation de l'énergie naturelle, comme l'éolien ou le solaire.

  3. Arrivée imminente

      Vers 18h15, ils annoncaient l'arrivée du premier trimaran aux abords de l'«îlet de la tête à l'anglais», près de Deshaies, l'extrémité nord de la Basse-Terre. Ça y est, un bateau est arrivé en Guadeloupe. Il lui reste à longer la Basse-Terre, par la «côte sous le vent» (un terme détesté des marins, une côte sans vent, derrière la montagne, à l'inverse de la côte au vent). Le passage à Basse-Terre est prévu 2h ou 3h plus tard (au pire 6h), l'arrivée à Pointe-à-Pitre un peu plus tard dans la nuit. Pour Basse-Terre, ça donne 20h30 environ. Je vais descendre, pour essayer de voir ça dans la nuit. Je vous raconterai.

  4. Suite des évènements

      Je suis donc descendu à Basse-Terre, mais le bateau peinait à avancer le long de la côte sous le vent, malgré sa grande voile et son gênois déployés, à cause d'une «légère brise» (force 1 Beaufort), naviguant à 3 n½uds, la vitesse d'un piéton.

      Je suis remonté chez moi pour prendre mes jumelles d'astronomie et je suis retourné à Basse-Terre. Au niveau de Vieux-habitants (15km) je commençais à voir le voilier aux jumelles, dans le noir, juste éclairé par les quelques bateaux suiveurs. L'appareil photo, en pause, permettait aussi de deviner ce qui n'était pas encore visible à l'½il nu.

      img/jpeg_400_400/2006-11-05_img_1524_.jpg

      Devant le superbe voilier, on voit une saintoise (non, pas Marianne ;-), une barque de pêcheurs, à moteur hors-bord). Mais elle est environ 4 fois plus près, mesurant 5m, contre 20m pour le voilier, qui a un mât de 30m.

      Il a fallu attendre 22h pour qu'il soit bien visible par tous. Au ralenti, il est arrivé jusqu'au port de Basse-Terre, avant qu'un léger souffle de vent revienne et qu'il se mette à avancer, à glisser sur l'eau, pour passer la bouée de Basse-Terre lentement mais sûrement, majestueux, acclamé par la foule. Aux jumelles, je voyais bien le skipper, très heureux, sur la coque centrale de son navire. À Basse-Terre, c'était la première fois qu'il voyait du monde depuis son départ.

      Il a continué doucement vers la pointe de Vieux-Fort et son phare, avant de retrouver le vent et la houle du canal des Saintes, pour filer tout droit vers les Saintes, virer de bord juste avant d'y arriver et repartir à 20 n½uds vers Pointe-à-Pitre, sur une mer bien formée, larguant bon nombre de suiveurs, qui ne pouvaient pas affronter 2 mètres de creux à une telle vitesse sans faire souffrir leur bateau.

      En arrivant vers Pointe-à-Pitre, il s'est même permis d'épater la galerie en effleurant la mer à 30 n½uds (~ 55 km/h) sur le seul flotteur de bâbord (le flotteur de tribord et la coque centrale hors de l'eau), larguant les derniers suiveurs, plus assez puissants. Il faut préciser qu'il ne s'était pas embêté à tomber la grande voile déployée le long de la côte sous le vent.

  5. Record battu

      7 jours, 17 heures 19 minutes et 6 secondes, c'est le temps qu'a mis Lionel Lemonchois, à une vitesse de 19,11 n½uds (soit 35 km/h), d'après le site officiel de la Route du rhum. Pour une vitesse moyenne, en bateau, c'est exceptionnel. Ça dépasse très légèrement ma vitesse moyenne en voiture (avec arrêts). Et je le rappelle, sans une goutte d'essence, juste la science du vent.

  6. Manque d'organisation

      Avec 4 jours d'avance, il a pris de court presque tous les organisateurs. À Basse-Terre, le «village de la Route du rhum» aura deux jours de retard. À Pointe-à-Pitre, c'était un peu moins catastrophique, mais il a fallu mettre les bouchées doubles.

      À Basse-Terre, une organisation d'urgence a été montée hier soir. Au niveau de la bouée, sur le boulevard maritime, vers 22h30, nous avons vu arriver une sono. Les premières paroles de félicitation en sont sorties juste au passage de la bouée. Jusque là, seules les radios (RFO et surtout RCI) couvraient l'évènement.

      En revanche, la foule était au rendez-vous. La population se mobilise très vite dès qu'elle est informée.