Mes proches sont au courant, d'autres non, j'ai fait l'acquisition au mois d'avril d'un tout petit voilier «habitable».
Il s'appelait jusqu'à présent officiellement «Juliénas 79», en pratique «Juliénas» et s'appelle maintenant «Mica» (les initiales de nos prénoms).
Les photos de l'annonce :
À la marina de Rivière-Sens au moment de l'achat :
L'intérieur au moment de l'achat :
Au mouillage ou accosté à Terre-de-Haut :
Ce bateau est du modèle «Gros Plant». Le vin éponyme, le «Gros Plant du Pays Nantais», est produit avec le cépage «Gros Plant» (appelé aussi «Folle blanche») dans la même zone que le «Muscadet».
Le «Gros Plant» est un modèle dessiné en 1979 par Philippe Harlé pour remplacer son précédent modèle le «Muscadet», qui a été construit à 750 exemplaires en 16 ans (1963-1979).
Il n'a pas connu le succès escompté car c'est un bateau en bois sorti en plein essor du marché du bateau en plastique et son prix était un peu prohibitif (main d'½uvre plus importante pour le bois). Seuls 7 ou 8 exemplaires ont donc été construits.
Aujourd'hui Le «Muscadet» reste un bateau très réputé et le Gros Plant ayant été conçu comme un remplaçant amélioré du Muscadet, c'est un bateau mythique, et de collection.
C'est un bateau «habitable» (couchettes pour 4 personnes, réchaud et rangements), construit en contreplaqué marine 9mm (avec des renforts en bois massif ou lamellé-collé)
Il mesure 6,5m de longueur de coque (un peu plus de 7m hors tout avec balcon et safran, 2,5m de largeur, 1,3m de tirant d'eau, 2,4m de hauteur et 11m de tirant d'air.
Il pèse 1100kg à vide, dont 440kg de lest en fonte (quille fixe) et accepte 400kg supplémentaires.
Il a un gréement fractionné en 4/5 avec un patara, des bastaques et des basses-bastaques, soit 10 haubans (11 avec le bas étai qui n'est pas fixé), dont 5 à régler en navigation. Le gréement fractionné lui donne un mât de taille impressionnante (10m de hauteur) et une grand-voile tout aussi imposante. Il a un jeu de focs endraillés sur mousquetons (génois léger, génois lourd, foc de route et tourmentin) et un spinnaker. Sa voilure au près est de 32,8m²
Philippe Harlé avait un objectif majeur lors de la conception de ce bateau : la sécurité. Ces «petits bateaux» étaient réputés dangereux et n'avaient pas le droit de s'aventurer en haute mer. Il a voulu démontrer que ce n'est pas la taille qui compte, mais plutôt la qualité de la conception.
Il a été construit en 1979, porte le n°2 de la petite série, et son premier propriétaire était Philippe Harlé lui-même, le fameux architecte naval qui l'avait conçu. Le n°1 était celui de VDH, Jean-Luc Van Den Heede(célèvre navigateur lauréat de multiples prix sur tous les océans). Ils se sont tous les deux lancés dans la 2ème édition de la «Mini-transat», en 1979, parmi 32 concurrents. VDH est arrivé 2ème, Harlé 4ème.
Ensuite, Harlé est resté un petit moment en Guadeloupe avant de revendre le bateau sur place. Celui-ci a connu plusieurs propriétaires, a vieilli, s'est dégradé, jusqu'à ce qu'en 2004 il soit racheté par un charpentier de marine, qui a entrepris de le restaurer de fond en comble.
Les fonds, le pont, l'accastillage et la grand-voile ont été refaits. Le reste a été sérieusement révisé. Après 3 ans de chantier, il a pu retrouver son élément et démontrer que c'était un excellent bateau.
En 2008 il a été racheté, a connu encore 2 mois de chantier : un bordé a été refait (pourriture autour d'un hublot), l'étrave a été refaite, le pont a été réparé au niveau des pieds de chandeliers.
En avril 2010 je l'ai racheté, le bateau est en état de naviguer mais il faut terminer sa restauration :
J'ai déjà navigué 15 fois avec, dont 10 traversées du canal des Saintes (11 milles nautiques, ~20 km), presque toujours en solitaire.
Il est vraiment temps de le caréner (le sortir de l'eau pour refaire la peinture sous-marine anti-salissures), j'ai donc un peu de coquillages qui se sont fixés. Depuis que j'ai enlevé la plupart des coquillages, j'ai pu naviguer assez facilement à 5-6 n½uds au près ou 7-8 n½uds au grand largue avec 10-15 n½uds de vent, en réglant assez grossièrement les voiles, avec la grand-voile récente et le génois léger d'origine (30 ans !).
C'est un bateau très intuitif : son faible poids le rend très réactif: le moindre réglage se sent immédiatement ; au près, une fois équilibré, il suffit de régler de quelques centimètres le palan 4 brins de l'écoute de grand-voile pour régler finement le cap. Quand je relève le moteur, je sens le bateau qui accélère (0,5 à 1 n½ud). Il glisse sur l'eau de façon incroyable : on ne voit quasiment pas de sillage et malgré son faible poids il ne s'arrête jamais sur une vague.
Par petit temps, c'est vraiment très impressionnant : étant très toilé, on sent à peine le vent et on le voit glisser à 5 n½uds ou plus (avec encore quelques coquillages sur la quille).
Navigation au près sous la pluie :
Navigation au vent arrière :