Démâtage - Impressions - (lundi 2 septembre 2013)

  1. Démâtage

    Ce 2 septembre au soir, je suis parti avec mon voilier de Terre-de-Haut (les Saintes) pour Basse-Terre. Les conditions météo étaient un vent de 20 n½uds et une mer agitée, environ 1,5m de creux.

    Au bout de deux heures, alors que j'approchais de Vieux-Fort (un peu moins de 2 milles), je naviguais correctement au grand largue tribord amures, avec un ris dans la grand-voile et un ris dans le génois lourd. La vitesse au GPS était entre 6 et 8 n½uds.

    Sur mon voilier, à l'arrière, de chaque côté, un cordage prolonge les bastaques sur une poulie et un winch. C'est ce cordage à tribord (au vent) qui a cassé, sans défaut visible. Le mât n'étant plus tenu vers l'arrière que par le patara (en tête sur un gréement fractionné), il a instantanément basculé vers l'avant à bâbord, se brisant en deux morceaux par cintrage excessif, déchirant en deux le génois au passage.

    L'état de la mer ne permettait pas de continuer avec mon petit moteur hors-bord dans de bonnes conditions.

    N'ayant plus de VHF (on me l'a volée), ayant juste un GSM, j'ai appelé le 112 et demandé à être mis en relation avec le CROSSAG. Aucun navire n'ayant répondu à leur message PAN-PAN, ils ont demandé à la SNSM de Basse-Terre d'appareiller.

    J'ai pu remonter à bord la bôme et la partie basse du mât. J'ai décroché les haubans et les cordages pour que le mât et les voiles soient remorqués avec le moins de traînée possible.

    La vedette Karukera (SNS 268) est venue à ma rencontre et m'a prise en remorque, jusqu'au mouillage devant la marina de Rivière-Sens.

    Plus tard, j'ai remonté à bord les voiles et le haut du mât avec l'aide d'un collègue scaphandrier, qui a tout détaché en plongée pour les remonter séparément. La grand-voile est intacte à part une latte qui a disparu. Le génois lourd est entièrement déchiré. J'ai gardé les deux parties du mât pour l'expertise de l'assurance, mais il n'est pas réparable. À prévoir : un mât neuf et un génois lourd.

  2. Impressions

    Comme ça forcait un peu dans les rafales avec parfois le génois qui fasseyait, l'idée d'une rupture de bastaque m'avait traversé l'esprit un petit moment avant, mais j'avais déjà connu des conditions de navigation plus musclées et des pointes de vitesse fréquentes à 9-10 n½uds sur les crêtes de vagues. Là je plafonnais à 8 n½uds.

    J'avais déjà connu une avarie de bastaque : une fois la poulie (légèrement oxydée) avait explosé dans une rafale où je surfais à plus de 10 n½uds et j'avais évité par miracle un démâtage, le patara ayant suffi à tenir le mât, qui s'était tout de même esquinté sur l'emplanture en basculant en avant. Depuis cette avarie je mettais parfois un cordage dyneema par sécurité entre la bastaque et le balcon arrière, pour ne pas démâter en cas de casse. Mais cette nuit-là je n'en avais pas mis.

    Tout d'un coup, dans une rafale avec un surf à pile 10 n½uds selon le GPS, le mât a disparu instantanément, sans me laisser le temps de réagir. Ça fait tout bizarre sur le moment, on passe instantanément d'une bonne navigation à un très gros pépin. On se retrouve sacrément impuissant et en rage contre les éléments. Mais rien à faire, c'est cuit, il n'y a rien à faire pour corriger. Juste trouver un moyen de retrouver un abri.

    Je pense alors à Alessandro Di Benedetto qui a démâté au Cap Horn avec son mini (un voilier similaire au mien) et qui a réussi à tout remonter à bord et à faire un grément de fortune, avec lequel il a dépassé ses vitesses précédentes. Il a même retaillé ses voiles pour les adapter au nouveau gréement. Chapeau bas, l'italien !

    Je me demande comment il a pu faire ; quand je vois le mal que j'ai eu à remonter la partie basse de mon mât et la bôme, impossible de remonter le reste à la main (je n'ai pas essayé les winchs). Je voulais aussi éviter de créer une voie d'eau avec le mât percutant la coque.

    Surtout, sans voiles, mon voilier était transformé en coquille de noix avec un tangage et un roulis insupportables. Mon obsession était alors de ne pas tomber à l'eau, secoué en tous sens, occupé sur tout le pont à détacher le gréement, avec un peu moins de points d'attache pour la longe du harnais, et sans mât ou haubans pour me tenir.